A l’occasion des vœux 2022, le port de Dunkerque s’est félicité de sa croissance en particulier sur le trafic conteneurs. Il entame l’extension de son terminal conteneurs et développe par ailleurs des installations logistiques et industrielles prêtes à l’emploi avec un accès multimodal. (Photo Dunkerque-Port – MG Productions)

À l’occasion de ses vœux à la presse, Emmanuelle Verger, présidente du conseil de surveillance de Dunkerque-Port accompagnée par l’écosystème portuaire, a fait le traditionnel bilan de l’activité en 2021 et donné quelques éléments sur ses projets de développement. « 2021 a été une très belle année, s’est réjouie la présidente, même si l’on attend encore le retour des passagers. Le trafic de marchandises a en effet augmenté de 8% en un an et atteint 48,6 millions de tonnes. » Un motif de satisfaction pour Dunkerque même si le port ne retrouve pas son niveau de 52,6 millions de tonnes de 2019.

Et ce sont les conteneurs qui tirent cette dynamique avec 652 000 EVP (équivalents vingt pieds) en 2021, en hausse de 41%. « Un volume qui a triplé en 10 ans », complète Emmanuelle Verger. La présidente du conseil de surveillance a également rappelé que 2021 avait validé le projet stratégique 2020-2024 parfaitement en ligne, selon elle, avec la nouvelle stratégie portuaire (SNP) du gouvernement. Le plan est en effet centré sur le développement des quais, mais aussi la préparation de plates-formes préaménagées pour la logistique d’une part, et l’industrie d’autre part. Il comprend par ailleurs diverses démarches de développement durable avec le transport multimodal, les énergies alternatives comme le GNL (gaz naturel liquide) ou l’hydrogène décarboné, ou encore le déploiement d’énergies renouvelables. Hervé Tourmente, sous-préfet de l’arrondissement de Dunkerque a abondé dans ce sens et rappelé les enjeux de développement durable du territoire. Mais il a aussi insisté sur les nombreux enjeux de sécurité, comme la lutte contre le trafic de personnes et de stupéfiants, et la sécurité des sites Seveso.

Croissance du trafic conteneurs et du trafic vrac

Dans un contexte de tension du trafic maritime mondial, Dunkerque s’en sort bien. Outre la croissance du trafic conteneurs, les vracs liquides et solides confirment aussi leur succès avec des hausses respectives de 14% (8,6 MT) et 11% (20,1 MT). Ce sont les hydrocarbures (3,7 MT, +12% ), mais aussi le gaz naturel liquide (4,1 MT, +17%) qui contribuent le plus à l’augmentation du trafic vrac liquide. Côté vrac solide, le charbon est en chute de 1%. Par ailleurs, les céréales accusent une chute imposante de 29% annuels. Une évolution qui s’explique entre autres par le trafic record de 3,3 MT réalisés en 2020. Daniel Deschodt, DGA et directeur général du Grand Port maritime de Dunkerque explique que depuis la reprise par Terminal Link (filiale de CMA-CGM et actionnaire à 90% du terminal à conteneurs des Flandres, NDLR), le port est particulièrement porté par le transbordement, l’engagement de CMA-CGM et la confiance des chargeurs sur l’hinterland (dont Leroy Merlin, Décathlon, La Redoute, JJA.) »

Pour le DGA, le port s’était également préparé au Brexit et y a finalement trouvé des pistes de développement. Il a par exemple investi 3 M€ dans le réaménagement infrastructures transfrontalières d’acheminement.  Le nouveau service roulier mis en place en 2021 entre Dunkerque et l’Irlande est aussi un succès en ce qui concerne le fret, avec 6 rotations par semaine avec 2 navires et un taux de remplissage déjà supérieur à 90%.

Emmanuelle Verger, présidente du Grand Port Maritime de Dunkerque et Daniel Deschodt, DGA et directeur général, à l’occasion de la conférence de presse de début d’année 2022.

Une extension du terminal conteneur pour gérer 750 000 EVP

Mais depuis l’an dernier, Dunkerque investit aussi pour augmenter encore sa capacité à gérer le trafic conteneurs, en forte augmentation. En juillet 2021, le ministre délégué chargé des Transports, Jean-Baptiste Djebbari a posé la première pierre de l’extension des terre-pleins du terminal des Flandres (conteneurs). L’investissement de 14,3 M€ dans cet agrandissement de 14 ha est co-financé par le plan France Relance du gouvernement, la Région Hauts-de-France, la Communauté urbaine de Dunkerque et Dunkerque-Port. L’extension sera livrée en deux phases. « Nous devrions passer à une capacité de 750 000 EVP dès cette année, estime Emmanuelle Verger. Nous serons sans doute limités à 1 million du fait de l’emplacement du quai. Aussi voulons-nous également allonger le bassin Atlantique de 1000 mètres de linéaires. » Les dossiers techniques et réglementaires de ce projet sont bouclés, selon la présidente. Reste à réaliser les tours de table financiers et à obtenir l’accord de partenaires financiers et opérationnels publics et privés. « Nous souhaitons ouvrir cette extension en 2027 pour qu’elle devienne un relai de croissance quand le terminal des Flandres aura atteint sa capacité maximale. »

Autre piste d’expansion, le terminal ouest réservé au charbon. Faute de rentabilité suffisante avec seulement 2 MT annuelles et face à la fermeture des centrales à charbon, il n’est en effet plus exploité depuis fin 2021. « Mais il représente aujourd’hui un atout potentiel de 100 ha de bords à quai au service de l’industrie », insiste Daniel Deschodt. Le territoire reste une zone industrielle importante pour des acteurs qui ont besoin de fret, et nous réfléchissons à des solutions d’adaptation.  Le spécialiste du traitement de l’eau SNF a ainsi commencé la construction d’une usine en juin dernier et nous avons d’autres beaux prospects. »

80% des installations logistiques prêtes à l’emploi déjà réservées

Pour se diversifier, le port propose aussi des solutions logistiques clé en main. « Nous nous engageons à livrer un entrepôt dans un délai record de 18 mois à 2 ans, précise le DGA du port. Ce seront des sites logistiques connectés, respectueux des règles environnementales, en température dirigée si nécessaire, etc. » Pour parfaire la proposition, un accès routier de connexion aux ports rouliers et à conteneurs dessert désormais cette zone.

Du côté du développement durable, Dunkerque joue le report modal ferroviaire avec les travaux de doublement des voies ferrées pour le terminal conteneurs entamés en mai 2021. Le train a compté pour 3% de l’activité en 2021 et devrait monter à 7% en 2024. Le fluvial représente 7% du transport de conteneurs et réunit environ 10% de la part globale des conteneurs (transbordement et hinterland). En matière d’alimentation énergétique, le port a lancé un appel à manifestation d’intérêt en août pour construire une centrale photovoltaïque de 20 ha sur d’anciennes voies ferrées. Il veut aussi développer divers aspects liés aux GNL (gaz naturel liquide). Il s’adapte pour accueillir les porte-conteneurs géants alimentés avec ce carburant comme le Jacques Saadé de son partenaire CMA-CGM et veut aussi devenir un terminal d’avitaillement au GNL. « Nous discutions également avec des industriels comme H2V de production massifiée d’hydrogène décarboné, précise David Lefranc, directeur de l’aménagement et de l’environnement. Et nous menons une réflexion sur le transport de l’hydrogène. »

Recrutements et reconversions de dockers d’un terminal à l’autre

La  transition numérique, autre maillon de la transformation du port en ligne avec la stratégie gouvernementale, n’est pas encore très ambitieuse. Dunkerque évoque par exemple le déploiement sur mobile et tablette du système d’information portuaire Sirene ou l’ouverture aux chargeurs du cargo community system (CCS), son EDI des marchandises. Ce dernier est exploité par l’union maritime et commerciale de Dunkerque et sera désormais directement accessible par les clients du port.

Pour soutenir sa croissance, le port a embauché et formé 84 ouvriers dockers occasionnels depuis mai 2021, dont 43 ont été transformés en CDI au bout d’un an. Dunkerque est par ailleurs le seul port de France, selon sa gouvernance, à avoir reconverti des dockers d’un terminal vers un autre, en l’occurrence de son terminal charbon désormais fermé vers le terminal conteneurs des Flandres en plein développement. Une démarche qui a concerné 12 personnes. En 2022, le port devrait accueillir 40 nouvelles recrues dockers occasionnels et 30 CDI.

Enfin, à la question de savoir si Dunkerque aurait bénéficié de la congestion des grands ports néerlandais, Daniel Deschodt répond plutôt par la négative. Pour lui, le port nordiste était en réalité prêt à certaines évolutions du trafic et s’est adapté rapidement. « La croissance du trafic conteneurs est par exemple porté par l’augmentation du trafic de l’hinterland avec la grande distribution, le e-commerce et surtout l’agroalimentaire jusqu’en Europe de l’Est », précise-t-il. Le Brexit a aussi bénéficié à Dunkerque avec sa capacité de transborder des conteneurs transocéaniques vers les ports britanniques. « Ces derniers ne sont pas adaptés pour accueillir de grands navires, et les marchandises sont donc débarquées à Dunkerque avant d’être réacheminées vers la Grande-Bretagne sur de plus petits navires. »

Emmanuelle Delsol