La startup Volta Trucks dévoile son 16 tonnes électrique as a service

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Volta Trucks a dévoilé le prototype de son utilitaire électrique pour les livraisons en ville. Parti d’une page blanche, il innove par son design, sa motorisation électrique, sa conception minimisant l’impact écologique et les risques et son business model, puisqu’il sera proposé sur un modèle « as-a-service » basé sur son TCO. Les premiers véhicules pilotes devraient rouler dans Paris et Londres début 2021. (Photo Volta Trucks)

Avec ses lignes épurées, le Volta Zero a de faux airs d’autocar futuriste. Il s’agit pourtant d’un véhicule 16T de transport de marchandises, conçu par la jeune pousse suédoise Volta Trucks fondée en 2018 par Carl-Magnus Norden et Kjell Walöe. Mais il est entièrement électrique et spécifiquement élaboré pour les environnements urbains. L’entreprise a peaufiné son projet durant deux ans en partant d’une page blanche, et a présenté son prototype le 3 septembre. Ses premiers véhicules pilotes parcourront les rues de Paris et de Londres dès le premier semestre 2021 avant que des Volta Zero de production ne soient lâchés en ville début 2022.

Innovation à tous les étages

Partir de zéro a permis aux ingénieurs de Volta Trucks de jouer l’innovation à tous les étages, aussi bien dans la conception industrielle, le design, le modèle de fabrication, l’impact environnemental que les modèles industriel et économique. La jeune pousse s’est donné pour objectifs de concevoir un véhicule de transport de marchandises pour les livraisons en ville, avec un faible impact environnemental, une réduction maximale des nuisances et des risques d’accident. Elle est née en 2018 en même temps que son projet d’un utilitaire urbain répondant aux nouvelles exigences des prestataires logistiques et de leurs clients, à l’heure des injonctions paradoxales de l’explosion du e-commerce, de la densification urbaine et de la pandémie de covid-19. Résultat, un utilitaire urbain électrique ultra-design avec une charge utile de 8,6 T, un volume total de 37,7 m3 et la capacité d’accueillir 16 palettes Euro.

Le Volta Zero a été conçu à partir d’une page blanche, spécifiquement pour les livraisons en ville. (Vidéo Volta Trucks)

Une conception durable et moins accidentogène pour la ville

Si l’autonomie du Volta Zéro dépend évidemment de l’usage, il devrait parcourir 190 km en moyenne avec une seule recharge qui devrait durer 6 heures. Volta Trucks a intégré le paramètre autonomie dans toute la conception de son camion. Il a par exemple imaginé un essieu électrique léger et compact entraînant les roues arrière du véhicule, sans arbre de transmission. L’ensemble est compact et léger et libère de l’espace entre les rails du châssis où Volta Trucks a pu placer sa batterie. Chaque pack de la batterie modulaire pèse 500 kg et devrait assurer 4000 cycles, soit 10 ans de recharge quotidienne sans dégradation importante.

La batterie est ainsi installée dans un espace peu sujet aux chocs. Mais ce positionnement a aussi permis au Suédois de libérer de l’espace dans la cabine conducteur et de placer le poste de conduite au milieu de celle-ci et plus bas. La visibilité est étendue à 220° et, assistée par les caméras et capteurs, devrait assurer une plus grande sécurité au camion, et aux autres véhicules et aux piétons.

Une batterie moins polluante et une carrosserie… en lin

Pas question bien sûr, pour la startup de se voir reprocher tous les impacts environnementaux et sociaux négatifs associés à l’électrique. Il a donc opté pour des batteries Lithium Fer Phosphate plutôt que leurs équivalents Nickel-Cobalt Manganèse utilisés dans l’automobile. Le cobalt étant extrait de mines qui font appel au travail des enfants. Volta Trucks les recyclera en fin de vie pour du stockage d’énergie. Côté écologie, Volta Trucks se targue aussi de la « première utilisation au monde de composite de lin et de résine biodégradable, presque neutres en carbone, dans les panneaux de carrosserie extérieurs ».

Le poste de pilotage, centré et bas, devrait assurer une visibilité à 220° (Photo Volta Trucks)

Un modèle « truck as a service » pour faire tomber les réticences

Dernière innovation mais non des moindres, pour pallier la réticence du monde logistique face à l’électrique, Volta Trucks a imaginé un nouveau business model. Les entreprises rechignent encore à passer à l’électrique pour des raisons de prix, mais aussi de coût des véhicules et de leur maintenance, et de complexité et de coût des recharges. L’entreprise proposera donc ses véhicules en « Truck as a service ». « Nous n’avons pas encore rendu public le prix mensuel, explique Rob Fowler, PDG de la société. Mais nous avons communiqué auprès de nos partenaires sur un coût total de possession (TCO) comparable avec le même type de 16T Diesel pour un kilométrage donné. » Le prix comprendrait ainsi la mise à disposition des véhicules, leur maintenance, et éventuellement les équipements de recharge. « Le modèle est encore en réflexion, précise Rob Fowler, à l’occasion du lancement. Il n’y aura pas une option unique de financement. » Il pourrait par exemple y avoir une formule où Volta Trucks reste propriétaire des véhicules, une où ils sont vendus au client.

Les data pour assurer le modèle

Pour réduire les coûts de maintenance et assurer du service à distance, des capteurs et logiciels collectent en permanence toutes les données de fonctionnement du véhicule et les envoient vers l’opérateur et Volta Trucks. « C’est un véhicule hautement connecté, insiste Rob Fowler. Les mises à jour se font à distance, et notre API ouverte permet l’interfaçage avec le SI de l’opérateur. » La conception du véhicule réduit par ailleurs de 90% le nombre de pièces mécaniques minimisant ainsi ces mêmes coûts de maintenance.

Rob Fowler, PDG de Volta Trucks « Nous visons un coût total de possession (TCO) comparable avec le même type de 16T Diesel pour un kilométrage donné. »

A la recherche de fabricants pour 2022

Difficile d’imaginer aujourd’hui le lancement d’un constructeur automobile et encore moins de véhicules de transport de marchandises. Mais Volta Trucks se repose sur de nombreux partenaires et externalise toute la production. Il a travaillé avec une équipe d’ingénieurs industriels internes et les cabinets de conseil en design et ingénierie britanniques Prodrive et Astheimer. Les 12 premiers véhicules pilotes seront fabriqués au Royaume-Uni où la startup a son siège. Et elle recherche un partenaire pour le lancement de sa production en volume en 2022. Le cahier des charges intégrera des critères d’impact environnemental. Les premiers véhicules pilotes seront lancés à Londres et Paris. Une base de maintenance et de service sera installée en France. « Nous cherchons un site pour un flagship store et pour la maintenance des véhicules produits en 2022, probablement à Rungis ou Gennevilliers, précise Rob Fowler. Nous avons aussi besoin d’un lieu pour le pilote de 2021. »

Même s’il a été omniprésent durant le confinement et le reste, le transport routier souffre d’une image de pollueur en particulier en ville. Reste à savoir si l’appel de l’électrique couplé à un modèle de location moins risqué à séduire les clients.

Emmanuelle Delsol

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